La publication du rapport d'évaluation de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3) par le Commissariat général au développement durable offre l'occasion d'un bilan approfondi de la politique énergétique française à mi-mandature. Les résultats sont contrastés : des succès indéniables dans certains segments coexistent avec des retards préoccupants sur d'autres fronts essentiels.
Le solaire : un décollage réel mais insuffisant
La France a atteint 35 GW de capacité solaire installée au premier semestre 2025, soit une progression de 42 % par rapport à 2023. Ce résultat, qui dépasse les trajectoires initiales de la PPE, reflète la combinaison d'un cadre d'appels d'offres plus efficace, d'une simplification partielle des procédures administratives et de la baisse continue des coûts des panneaux photovoltaïques. Cependant, pour atteindre l'objectif de 100 GW en 2030, le rythme d'installation devra être plus que doublé par rapport aux meilleures années récentes.
Rénovation énergétique des bâtiments : le grand défi non résolu
C'est sur ce poste que le décalage entre les ambitions affichées et la réalité des réalisations est le plus flagrant. Avec environ 400 000 "rénovations globales" réalisées en 2024 — une définition déjà contestée par les associations environnementales —, la France est très loin de la trajectoire de 700 000 rénovations annuelles prévue dans le plan de relance vert. Les obstacles sont multiples : complexité administrative du dispositif MaPrimeRénov', difficultés de financement pour les ménages propriétaires aux revenus intermédiaires, et pénurie persistante d'artisans certifiés RGE (Reconnu garant de l'environnement).
Sans accélération massive sur la rénovation thermique, la France ne pourra pas tenir ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre du secteur résidentiel, qui représente 27 % des émissions nationales.
— Haut Conseil pour le Climat, rapport annuel 2025
Le nucléaire : pivot d'une stratégie révisée
La décision de relancer la filière nucléaire civile, avec la programmation de six à quatorze nouveaux réacteurs EPR2, constitue le changement de paradigme le plus significatif de la politique énergétique française récente. Cette réorientation, qui s'appuie sur la longévité carbone de la filière, fait néanmoins face à d'importantes incertitudes : délais de construction, coûts en dérive chez EDF, et acceptabilité sociale dans les territoires d'implantation.