La notion de souveraineté numérique, longtemps cantonnée aux cercles d'experts, est entrée dans le vocabulaire politique courant au cours de la dernière décennie. L'accélération de la dépendance aux grandes plateformes américaines, révélée de façon spectaculaire lors de la pandémie de 2020 et des tensions géopolitiques qui ont suivi, a convaincu les pouvoirs publics français de la nécessité d'une stratégie structurée en la matière.
Le cloud souverain : ambitions et réalisations
La qualification "SecNumCloud" de l'ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information) constitue le pilier central de la stratégie cloud souverain française. À ce jour, cinq opérateurs ont obtenu ou sont en voie d'obtenir cette qualification, dont OVHcloud, Outscale (filiale de Dassault Systèmes) et Thales-Google via leur coentreprise S3NS. Ces acteurs proposent désormais des offres cloud répondant aux exigences des ministères et des opérateurs d'infrastructures critiques, qui sont progressivement tenus de migrer vers des solutions qualifiées.
Mistral AI et l'IA nationale : une ambition incarnée
La montée en puissance de Mistral AI — la startup française spécialisée dans les grands modèles de langage — a donné une visibilité internationale à la stratégie d'IA nationale portée par le gouvernement. Valorisée à plus de six milliards de dollars en 2025, la startup représente un signal fort adressé à l'écosystème mondial : il est possible de développer en Europe des modèles fondateurs compétitifs face aux acteurs américains et chinois.
Le plan IA France 2030, doté de 1,5 milliard d'euros, finance les supercalculateurs, les programmes de formation et les consortiums de recherche qui permettent à cet écosystème de se développer. L'enjeu est désormais de transformer cette excellence de la recherche en avantages économiques concrets pour les entreprises françaises.