Inflation persistante : les ménages français sous pression en 2025

Malgré un recul relatif par rapport aux pics de 2022–2023, l'inflation continue de peser lourdement sur les budgets des foyers français, en particulier pour les dépenses alimentaires et énergétiques. Les données récentes de l'INSEE révèlent une situation contrastée selon les catégories de revenus.

Rayon de supermarché français avec des consommateurs comparant les prix de produits alimentaires, étiquettes de prix bien visibles et lumières fluorescentes
Dans les grandes surfaces françaises, les comportements d'achat ont notablement évolué depuis la flambée des prix de 2022. Les arbitrages se font désormais au quotidien.

À 2,8 % sur un an en juin 2025, l'indice des prix à la consommation (IPC) harmonisé calculé par l'INSEE confirme une inflation durablement installée au-dessus de la cible de la Banque centrale européenne (BCE), fixée à 2 %. Si ce chiffre représente un ralentissement significatif par rapport aux 6,2 % enregistrés au sommet de la crise de 2022, il dissimule des disparités considérables selon les postes de dépenses et les profils socioéconomiques des ménages.

L'alimentation, premier front de la bataille du pouvoir d'achat

C'est sur les produits alimentaires que la pression reste la plus forte. En dépit des engagements pris lors des négociations commerciales annuelles entre distributeurs et industriels, les prix des produits de grande consommation affichent une hausse cumulée de 22 % depuis début 2022. Pour les ménages des deux premiers quintiles de revenus, qui consacrent une part disproportionnée de leur budget à l'alimentation, l'effet de l'inflation est donc significativement plus ressenti.

Les enquêtes qualitatives réalisées par plusieurs instituts de sondage révèlent un phénomène de "résilience contrainte" : les foyers modestes ont adapté leurs habitudes de consommation — réduction des achats de viande, développement des marques de distributeur, recours accru aux épiceries solidaires — mais atteignent aujourd'hui les limites de ce processus d'ajustement.

Pour la première fois depuis les chocs pétroliers des années 1970, nous observons une modification durable des comportements alimentaires qui n'est pas liée à un choix mais à une contrainte économique réelle.

— Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, rapport trimestriel, 2025

Énergie : la fin du bouclier tarifaire et ses conséquences

La suppression progressive du bouclier tarifaire sur l'électricité et le gaz, amorcée en 2024, produit désormais ses pleins effets. Les ménages qui n'ont pas renégocié leurs contrats ou opté pour des offres à prix fixe se retrouvent exposés à des tarifs régulés dont la composante variable reflète davantage les réalités du marché européen de l'énergie. Sur un an, la facture énergétique moyenne des foyers français a progressé de 8,4 % selon les estimations du médiateur national de l'énergie.

La réponse des pouvoirs publics : mesures ciblées et limites structurelles

Face à cette situation, le gouvernement a maintenu un dispositif de chèque énergie ciblé sur les ménages sous le seuil de revenus médians, tout en revalorisant les minima sociaux de 3,5 % au 1er avril 2025. Ces mesures, bien qu'utiles, sont considérées par de nombreux économistes comme insuffisantes pour compenser l'érosion structurelle du pouvoir d'achat intervenue depuis 2020.

La BCE, de son côté, poursuit son cycle de détente monétaire amorcé fin 2024 : deux baisses de taux de 25 points de base ont déjà été opérées depuis janvier 2025, sans que l'effet sur l'inflation se soit encore pleinement matérialisé dans les statistiques de consommation. Les économistes de la Banque de France estiment qu'il faudra attendre le quatrième trimestre 2025 pour observer une décélération plus nette des prix.

Portrait professionnel de Nathalie Vidal, économiste et journaliste spécialisée en conjoncture économique et marchés financiers, photo en studio sur fond gris

Nathalie Vidal

Économiste de formation (Paris I Panthéon-Sorbonne), journaliste spécialisée en conjoncture macro-économique et marchés financiers. Elle collabore avec Draskel depuis 2019 après un passage à l'INSEE et au cabinet d'analyse Xerfi.

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